Chapitre 8

Alberto guidait Sid à travers les couloirs de Fort Cuoresanguinoso. Le vampire avait bien fait attention de fermer la porte derrière eux, il ne voulait pas que quelqu’un d’autre puisse contempler le superbe ouvrage. Car le Fort était sûrement un des endroits les plus beaux que Sidney avait eu la chance de voir. Alberto lui montra une immense salle de bal qui aurait pu accueillir plusieurs centaines de personnes, une salle de banquet aux longues tables en cerisier elfe, un arbre solide poussant exclusivement dans la cité souterraine des elfes, Fjörstad, un grand auditoire au centre duquel se trouvaient six trônes, une armurerie digne d’un roi, entre autres. Tout était sculpté, taillé finement, avec un grand souci du détail. Les motifs et les peintures démontraient un attachement à la beauté et à la minutie. Sid n’en croyait pas ses yeux. Selon certaines personnes, les vampires n’avaient pas de culture et se contentaient de produire leur vin afin d’organiser des beuveries interminables, mais la beauté et le charme du Fort démontraient le contraire. Après avoir passé en revue une bonne dizaine de pièces, Alberto déclara fièrement :

– Nous allons nous rendre à la salle des coffres.

Sid rejoignit le vampire. Sur le chemin à travers les couloirs tapissés de pierres blanches salies par le temps, Alberto raconta :

– Pourquoi aurais-je construit un immense bâtiment tape-à-l’oeil que n’importe qui aurait pu trouver ? Un réseau souterrain est tellement plus discret et pratique. Le Fort s’étend sur trois étages sous la montagne. Sa superficie totale est de plusieurs kilomètres carrés. Il m’a fallu deux siècles pour voir l’aboutissement des travaux. J’avoue que la plupart des pièces n’ont jamais été utilisées, mais on n’est jamais trop prudent. Plus de deux mille vampires auraient pu vivre dans le Fort, mais il n’y a jamais eu plus de cinq cents habitants permanents ici. Certains d’entre nous préféraient une certaine autonomie et vivaient dans différentes cachettes. D’ailleurs, les vampires de Giacco ont le même système : un grand quartier général dans les catacombes et diverses planques parsemées à travers la Vallée. Mais nous discuterons de ça plus tard, quand nous considérerons, toi et moi, que tu es prêt à réclamer ta place à la tête du Conseil et que nous élaborerons une stratégie.

“Le Fort était sûrement un des endroits les plus beaux que Sidney avait eu la chance de voir.”

 

Ils arrivèrent devant une porte cadenassée. Alberto l’ouvrit sans difficulté. Le spectacle qui s’offrit à Sid fut renversant : des montagnes d’or, de pièces espagnoles, florentines, vénitiennes et portugaises, des bijoux étincelants de toutes les couleurs, des statues et trésors issues de différentes civilisations. Il y avait aussi des armes féeriques, elfes et sorcières, des bannières, costumes et armures.

– Ceci, dit Alberto, est ton héritage. Comme tu peux le voir, il y a des trésors des quatre coins du monde. Ils furent, en partie, réunis par Lino quand celui-ci partait en mission pour moi. Il y a aussi des butins de guerres, des trésors volés, des héritages usurpés et des reliques découvertes par mes soins. C’est, à ce que je sache, le second plus grand trésor jamais réuni dans la Vallée. Et j’accepte de le partager avec toi.

Sid passa presque une heure à observer chaque objet, chaque pièce d’or. Il n’en revenait pas. Il était déjà riche comme un empereur grâce à l’héritage des Protettori, mais il se trouvait en présence d’un trésor presque dix fois plus imposant. Alberto soupira :

– Et dire que ce n’est que le second trésor le plus important de la Vallée…

On sentait une profonde déception dans sa voix. Jester en resta bouche bée : était-il possible que quelqu’un ait amassé un butin aux dimensions aussi indécentes que celui-ci ? Son ancêtre précisa :

– Le trésor de Zahlos, le sphinx, serait si grand que son propriétaire mettait un mois pour compter ses richesses.

Les sphinx étaient des êtres hybrides mi-hommes, mi-lions, ayant vécu dans la Vallée jusqu’au quatorzième siècle. Ils étaient solitaires et vivaient aux sommets des montagnes dans de profondes cavernes. Les sphinx étaient avides de richesses, ils volaient les elfes, les sorcières et les mortels pour ensuite enfouir leurs trésors dans leurs tanières. Ils avaient disparu naturellement, car c’était un peuple exclusivement masculin, ce qui laissait perplexe sur leur origine, personne ne trouvant d’explication à ce qui était une anomalie même dans le Val Nessona. Il arrivait parfois qu’un chanceux trouve l’ancienne demeure d’un sphinx remplie d’or et de bijoux.

– J’ai entendu parler de ce trésor, dit Sidney, mais je doute qu’il soit aussi grand que celui-ci. Les légendes exagèrent toujours un peu.

Alberto grogna :

– Les légendes auraient-elles été exagéré au sujet de ce fort ? Non, je dirais même qu’elles ont sous-estimé mon génie et la magnificence de mon œuvre. Le trésor de Zahlos est bel et bien plus grand que celui-ci, j’ai pu le contempler de mes propres yeux. Le souci, c’est qu’il se trouve dans les Monts Sans Noms et qu’il est toujours farouchement gardé. Assez profité de notre toute puissance financière ! Allons visiter les quartiers de notre clan !

Il amena l’Ange Noir dans une aile du fort illuminée par de superbes chandeliers. Sur un mur était gravé le blason du clan Cuoresanguinoso, un cœur transpercé de haut en bas par une épée. En dessous était inscrite la devise du clan :

Parati Aliquando

« Prêts à tout, à tout moment », une devise qui correspondait parfaitement au patriarche du clan. Alberto mena Sid vers une grande chambre richement décorée, remplie de coffres et de statues à l’effigie de l’ancien chef du Conseil des Six. Celui-ci sourit et indiqua une chambre en face de la sienne :

– La chambre de Lino. Elle lui servait d’atelier également. Va la visiter, je te rejoins après avoir dépoussiéré ma chambre.

“Les légendes auraient-elles été exagéré au sujet de ce fort ? Non, je dirais même qu’elles ont sous-estimé mon génie et la magnificence de mon œuvre.”

 

Sid poussa la porte et découvrit une pièce en désordre, comme si quelqu’un avait tout retourné pour trouver quelque chose. Cependant, lui-même n’étant pas un adepte du rangement, il considéra que c’était également le cas de son ancêtre. Lino semblait avoir le même goût du bricolage que Jester, de nombreuses armes et inventions gisaient sur le sol. Sid enjamba une bannière du Conseil des Six déchirée et explora la pièce, au moins aussi grande que celle d’Alberto, dans sa globalité. Il s’assit sur le lit à baldaquin dans un nuage de poussière. Il considéra qu’il valait mieux ranger la pièce pour pouvoir découvrir ce qu’elle avait à offrir. Mais par où commencer ?

– La chambre te plaît ?

Alberto était debout dans l’encadrement de la porte. Il regarda autour de lui et grogna :

– Lino n’a jamais été une fée du logis, sans mauvais jeu de mot. La mère de Vilius, Erra, qui vivait ici et qui a toujours été à mes côtés, ne supportait pas son côté génie du désordre.

– Erra était une fée, si je me souviens de ce que Sangue m’a raconté.

– C’était ma conjointe, même si j’ai eu diverses aventures dont sont issus Giacco et Lino. Elle fut comme une mère adoptive pour Lino, qui n’a jamais eu la chance de connaître sa mère.

– Si je résume, Giacco est le fils d’une sorcière…

– De Xercia, ancienne reine des sorcière, précisa Alberto.

– Sangue était le fils d’une fée. Mais qui était la mère de Lino ?

Alberto se mordit la lèvre, gêné. Il dit avec une mauvaise foi apparente :

– Je ne m’en souviens plus et c’est peut-être mieux comme ça. Si mon fils préféré était le fils d’une magicienne à la noix, je ne m’en remettrais pas.

Sid devinait qu’Alberto ne lâcherait pas le morceau, à moins qu’il ne le veuille bien. Il soupira en hochant la tête. Il déclara :

– Je ne suis pas fan du rangement. Mais je compte ranger cette pièce. C’est la seule manière de ne rien rater de l’héritage de Lino.

– Commençons par les armoires et les tiroirs. On lance tout au centre de la pièce et on organise ce chaos.

Sid approuva. Il ouvrit les différent tiroirs de la pièce et déposa tous les livres et parchemins au centre de celle-ci sans en lire un seul. Alberto vida l’établi de Lino. Ce fut le tour du coffre se trouvant au pied du lit que les deux hommes retournèrent sur le sol.

“Si mon fils préféré était le fils d’une magicienne à la noix, je ne m’en remettrais pas.”

 

Il y avait trois armoires alignées contre le mur. La première était pleine de pièces de divers métaux, d’outils, de tissus, de morceaux de cuir et de bocaux. Alberto sortit les vêtements et bannières se trouvant dans la seconde armoire. Quand Jester ouvrit le dernier meuble, il découvrit une armure en cuir noir ainsi qu’un masque de la même matière et une capuche en tissu. Il y avait à coté une superbe épée argentée. Sa garde était sertie de cristaux semblables à de la glace. Un motif en forme de chaîne, semblable à celui ornant la garde de l’épée de Sidney, enlaçait la lame qui ne semblait nullement ternie par les méfaits du temps. Jester sorti son épée et compara les motifs. Il constata :

– Ce sont les mêmes…

Alberto s’approcha et dit :

– L’armure de Lino. Il l’a fabriqué assez légère pour agir dans l’ombre et la furtivité, mais assez solide pour ne pas craindre un coup d’épée. Elle est cependant peu efficace contre la pointe d’une lame acérée.

Il la fit basculer, sans faire attention à Sid qui semblait fasciné par la similitude entre les deux épées. Le vampire pointa du doigt un trou dans le dos de l’armure :

– Ce doit être là que Giacco a poignardé Lino. Je lui avais dit que s’il voulait avoir l’air d’un idiot avec une armure, qu’il la fasse au moins dans un matériel fiable. Mais encore une fois, monsieur s’est cru plus malin que son vieux père et n’en a fait qu’à sa tête !

Il tourna les yeux vers Sidney et regarda les deux épées à son tour :

– Qui a forgé ton épée ?

Jester répondit :

– Les elfes, je crois. Depuis la disparition des fées, ce sont eux qui fournissent une épée d’argent à l’Ange Noir.

Alberto regarda la garde de l’épée de Sid et ricana :

– Sacrés elfes, ils se sont souvenus de l’épée de Lino quand ils ont forgé la tienne. Je sais qu’ils l’appréciaient particulièrement, notamment parce qu’il était proche d’une des plus grandes monarques de leur histoire. Cependant, je dois avouer qu’ils n’ont pas le talent de forgeron des fées. Laisse ton cure-dent elfique chez toi la prochaine fois: un Ange Noir sans épée draco-féerique n’est pas digne de son rang. Voici ta nouvelle épée, forgée par une fée avec les flammes d’un dragon.

Il tendit la lame à Sidney. Celui-ci demanda :

– Pourquoi des chaînes ?

– Pour rappeler à son porteur ses devoirs. Lino l’a reçue d’Erra quand je l’ai nommé ambassadeur et toi, tu la reçois le jour où tu découvres ton héritage de chef du Conseil des Six. Sois fier que la lame montre ses chaînes, cela veut dire que tu as accompli ce qu’on attendait de toi.

Sidney se rassit sur le lit en regardant l’épée, le motif s’enroulait autour de la lame comme un serpent. Il soupira :

– Arrête tes conneries, Alberto. Toi comme moi savons que je n’ai jamais été à la hauteur de mes devoirs de Protettore. Et puis, des épées féeriques, j’en ai une bonne dizaine dans le trésor des Protettori, elles sont très jolies, mais bien peu efficaces en combat.

L’ancien chef du Conseil des Six souffla d’agacement. Il grogna :

– Parfois, je me dis que tu es bien mon descendant parce que tu es plus futé que la plupart des abrutis qui se définissent comme communauté nocturne, mais il y a aussi des moments où je me dis que la débilité profonde des sorcières a déteint sur toi. Les lames féeriques sont des épées de cérémonie. Les fées se battent avec des lames draco-féeriques qui interagissent avec leur porteur. Et ça m’étonnerait que les Protettori en aient eu d’autres que leurs propres épées qui sont enterrées avec eux. Ces armes forgées dans les flammes d’un dragon ont tendance à se cacher d’elles-mêmes dans les buissons, les terriers ou sous terre quand leur porteur meurt, histoire de ne pas tomber entre de mauvaises mains. Et je ne raconte pas de conneries, si la lame porte ses chaînes, cela veut dire que tu n’as pas failli à tes devoirs. Regarde, si moi je la prends…

Il attrapa l’épée. Le motif sembla se cacher dans la garde tel un serpent se réfugiant dans son terrier. Alberto dit :

– Voilà, j’ai failli à ma tâche en ne protégeant pas mes fils, l’épée le lit dans mon cœur et agit en conséquence.

Il rendit l’arme à Sid. La chaîne s’enroula à nouveau autour de la lame. La vampire commenta :

– Si l’épée considère que tu as accompli ton devoir, ça veut dire que tu n’as rien à te reprocher. Tu as peut-être bien fait de rester cinq ans à Lausanne. Et puis tu as accepté de me suivre, c’est que tu es prêt à tenir ton rang de chef.

“Laisse ton cure-dent elfique chez toi la prochaine fois: un Ange Noir sans épée draco-féerique n’est pas digne de son rang.”

 

Il sortit une épée aussi belle que celle de Lino du fourreau qui pendait à sa ceinture. Le motif représentait un dragon s’enroulant autour de la lame.

– Le dragon n’apparaît qu’aux personnes ayant un grand sens de l’honneur.

Beaucoup de personnes dans la communauté nocturne n’auraient pas partagé l’avis de l’épée d’Alberto. Sid attacha l’épée de Lino, désormais la sienne, à sa ceinture. Il posa son épée d’argent dans l’armoire de son ancêtre.

– Je remplace ce que je prends. De plus, cette chambre est à moi en théorie, donc je préfère savoir qu’il y a une arme fiable dans la pièce. Commençons le rangement !

Alberto remit l’armure à sa place et mit la bannière du Conseil dans l’armoire. Ils rangèrent le matériel de Lino dans une autre armoire. Il y avait des métaux que Sid n’avait jamais vus de sa vie.

– C’est de la saffrite, dit Alberto en montrant une plaque de ce que Jester avait pris pour de l’argent, c’est ce dont sont faites les armes draco-féeriques. On la surnomme l’argent des Anges, car elle réagit à la Magie Argentée, elle peut projeter les sorts avec précision et amplifier leurs effets. On trouve la saffrite dans des mines aquatiques sous le lac, ou dans les glaciers. Et ça, là, ajouta-t-il en pointant du doigt un métal noir aux reflets verts, c’est de la droconienne, on ne la trouve que dans les Monts sans Noms. Dans le coin, le métal aux éclats bleutés, il s’agit d’un matériel très rare, que l’on ne trouve que dans le royaume de Thanata, du sticio. Lino a dû fabriquer des armes incroyables avec ces métaux.

En effet, le sol de la pièce était tapissé de lames en tout genre, d’armes aux mécanismes avancés pour leur époque et de gadgets parfois farfelus. Sid prit un petit tas de boules de la taille de balles de golf dans sa main.

– Je me demande ce que ça peut-être, dit-il.

Alberto leva les yeux d’une paire de gants en acier et regarda les boules. Il s’exclama :

– Fais attention ! Si c’est ce que je pense, tu risques de le regretter si elles explosent !

Sid posa les objets sur l’établi. Alberto en prit une et la lança dans le couloir. Il y eut une petite détonation et un courant d’air glacé parcouru la pièce. Les deux vampires sortirent leur tête de la pièce : le couloir était gelé et il y faisait un froid de canard.

– Lino planchait sur un concept ressemblant aux grenades actuelles. Il comptait en faire plusieurs sortes. Celles-ci, apparemment, sont remplies d’un mélange comprenant de l’azote liquide. Même mort, Lino parvient à m’impressionner. Si tu trouves d’autres grenades de ce genre, pose les sur l’établi mais en distinguant bien les formes, je pense que mon fils a trouvé un moyen de ne pas mélanger ses inventions. Nous les essayerons peut-être à la Nécropole.

Sid dit :

– J’ai aussi ce genre de trucs dans mon arsenal. J’ai créé des fumigènes qui provoquent un brouillard pouvant tenir deux heures et des grenades en tout genre.

– Comme si ça me surprenait… tu es le descendant d’un inventeur de génie.

Ils continuèrent à ranger les inventions de Lino, tout en mettant de côté celles qui pouvaient être utiles à Sid, notamment une arme s’accrochant au poignet, comme les lames de Jester, mais projetant un câble tissé en fibre de diamant presque incassable terminé par un crochet. Un tel objet pouvait faciliter la fuite du Protettore en cas de situation désespérée. En fin de rangement, il s’attaquèrent aux parchemins et aux livres du cadet des frères Cuoresanguinoso. Sid prit pour lui ce qui semblait être un journal. Il y avait de nombreux plans pour des gadgets que Lino n’avait jamais eu l’occasion de créer. Jester les prit également, en se disant qu’en les adaptant au vingt-et-unième siècle, ils pouvaient très bien être utiles. Après vingt minutes de tri, la pièce était la plus ordonnée du fort.

– Voilà, on a fini de ranger ta nouvelle chambre, conclut Alberto.

Sid le contredit :

– C’est bel et bien ma chambre, mais pas ma nouvelle chambre. Je vais rester à Capriggio, le Fort est trop éloigné de tout. Mais toi, je suppose que tu vas rester ici.

– Non. Je vais rester à la Nécropole. Comme tu l’as très bien noté, le Fort est à quelques heures de Capriggio et je préfère rester dans le coin où tu vis pendant que je te forme. Cependant, ce fort nous sera bien utile quand nous réunirons des forces pour faire chuter Giacco. D’ailleurs, il y a un endroit qu’il faut que je te montre avant de rentrer à Capriggio, nous pourrons discuter de nos potentiels alliés et de ce dont j’ai parlé avec Vilius ces derniers jours.

Alberto mena Sidney à travers les couloirs des quartiers du clan Cuoresanguinoso et s’arrêta devant une étagère. Le meuble portait de nombreux livres mais également un buste de femme. Elle était très belle, son visage était envoûtant de beauté. Alberto posa ses lèvres sur celles du buste et souffla :

– C’est moi, Alberto.

Le meuble glissa et laissa apparaître un escalier secret. Sid suivit son ancêtre dans l’obscurité inondant l’escalier en colimaçon. Le vampire expliqua :

– Le buste représentait Erra. Tu n’es pas obligé de l’embrasser comme je l’ai fait. Seuls Erra, Lino et moi-même connaissions l’existence de ce que tu vas découvrir. Erra n’avait qu’à poser sa main sur le crâne du buste en se présentant et Lino à tirer un livre en faisant de même. Si nous passions notre temps à bécoter la statue, les autres habitants du Fort se seraient posés des questions. Tu pourras utiliser la clé, comprends par là l’interaction provoquant l’ouverture de la porte de Lino. Tu n’as qu’à tirer le livre nommé Parati Aliquando, c’est un inventaire des biens de notre clan, et à te présenter. Le meuble reconnaîtra le sang de Lino dans tes veines.

– Sangue n’était pas au courant, demanda Sid, pourquoi ?

– Parce que ça ne l’intéressait pas. Il connaissait l’emplacement de cet endroit et savait ce qu’il contenait, mais le jour où j’ai voulu le lui montrer, il m’a dit qu’il préférait que nous gardions nos secrets. Il a souvent surveillé l’entrée quand Giacco était dans les parages. Vilius était un garçon froid et parfois cruel, par contre, il était d’une loyauté sans faille envers sa famille, à l’exception de Giacco.

Arrivé en bas des escaliers, Sid put comprendre à l’écho de ses pas sur le sol qu’ils étaient entrés dans une pièce immense, sûrement la plus grande du fort. Alberto s’exclama :

– Lumière !

La pièce s’illumina, comme quand le jour se lève sur la Vallée. C’était surprenant, il n’y avait ni bougies, ni torche. La lumière semblait venir de nulle part. Sid n’avait jamais vu une telle magie. La pièce était une bibliothèque, la plus grande que Jester n’avait jamais vue. Les murs étaient tapissés de livres en tous genres. Il y avait plusieurs espaces de lecture disposés çà et là. Mais au centre de la pièce se tenait une table ronde. Une carte de la Vallée et des Monts Sans Noms y était encastrée. On aurait dit la table d’un conseil de guerre. Curieusement, il y avait une vingtaine de sièges autour de la table, alors que seules trois personnes avaient le droit de pénétrer dans la pièce.

– La Bibliothèque Cuoresanguinoso réunissant les ouvrages de deux des Grandes Bibliothèques : celle de Ferragio, le village que j’ai détruit, et celle de Luzziano que j’ai discrètement ramenés ici. Je regrette ne pas avoir été là quand Treghia est tombée. J’aurais voulu ajouter les documents, certes remplis de conneries et d’absurdités, que les sorcières avaient compilés. Je cherche depuis des années la Bibliothèque d’Oscuro le Maudit, sans succès. Mais j’ai aussi ajouté à cette pièce des ouvrages plus précieux encore. J’ai toujours considéré qu’un livre était plus précieux qu’une montagne d’or. J’espère que quand nous en aurons terminé avec Giacco, tu accepteras d’ajouter la Bibliothèque des Protettori à notre collection familiale.

Sid s’exclama :

– Tu as rayé un village de la carte pour t’emparer de sa bibliothèque ?

Alberto corrigea :

– J’ai passé un accord avec Zjök pour qu’avant que je m’en prenne à ce foutu village, il m’aide à vider la Bibliothèque et qu’il me remette son contenu. En échange, je lui laissais le temps d’évacuer les habitants de Ferragio et de leur faire quitter la Vallée. Personne ne connaît cette version de l’histoire en dehors de l’elfe zinzin et moi-même. Comprends bien que je m’étais allié à Nabero pour pouvoir remédier au commandement stupide et peu efficace de Salvatore. Si je n’avais pas transmis mes informations à Zjök durant la Grande Guerre, tu peux être sûr que les ravages auraient été bien pires. J’ai décidé d’endosser le rôle du monstre pour éviter que ce petit con arrogant de Salvatore ne provoque une hécatombe, car même s’il était un bon guerrier, il est le pire chef militaire que la Vallée n’ait jamais connu.

– Pourquoi ne t’être jamais allié aux Anges Noirs, alors ?

– Parce que ce n’étaient que des peigne-culs, indignes de ma collaboration!

“La Bibliothèque Cuoresanguinoso réunissant les ouvrages de deux des Grandes Bibliothèques : celle de Ferragio, le village que j’ai détruit, et celle de Luzziano que j’ai discrètement ramenés ici.”

 

Alberto avait haussé le ton. Il serrait les poings si fort que ses longs ongles lui entaillaient la paume de la main. Des gouttes de sangs tombaient sur le plancher de la bibliothèque.

– Je me suis allié à Nabero à contrecœur, continua-t-il, personne ne le déteste plus que moi. Même Salvatore et sa vision d’un monde libéré du Mal ne pouvait le haïr autant que moi. C’est pour cette raison que tu es né, pour détruire Nabero et je vais faire de toi le plus grand Protettore de tous les temps dans ce but. Bien sûr, ce n’est pas une question de Bien ou de Mal. Il s’agit de libérer ma descendance de la menace que représente ce monstre. Alors quoi qu’en dise Frasca, quoi que racontent les livres à mon sujet… N’oublie jamais que très peu de personnes connaissent la vérité à mon propos et que beaucoup des récits me concernant ne sont que la partie visible de l’iceberg. Et ne m’accuse plus jamais de détruire ou de tuer par égoïsme, tout ce que je fais, c’est pour mes fils et leurs descendants. Et si je dois tuer Giacco de mes propres mains pour te protéger, je le ferai, car je ne peux plus rien pour lui.

Sid sentit un poids lui tomber dans le ventre. Alberto voulait lui faire affronter celui que les catholiques de la Vallée avaient associé au Diable, celui qui avait poussé Salvatore au suicide. Il sentit l’angoisse l’envahir. De plus, l’ancien chef du Conseil des Six n’avait sûrement pas tout dit au Protettore. Pourquoi détestait-il Nabero ? Quels secrets Alberto pouvait-il encore cacher ? Pourquoi la lignée de Lino semblait avoir tant d’importance à ses yeux comparé à ses autres fils ? Pourquoi préférait-il se cacher derrière un masque d’immaturité et de violence plutôt que de montrer sa vraie valeur ? Sid se rendit compte qu’il avait suivi le vampire sans connaître grand chose à son sujet. Il aurait voulu que Zjök, l’Ancien ou Frasca soient là pour le rassurer. Même Shadow aurait été un soutien pour lui. Il se sentait seul et naïf d’avoir suivi Alberto aveuglément.

– Sidney, cesse de paniquer. Tu n’es pas prêt à connaître mes secrets les plus intimes, tout comme tu n’es pas prêt à affronter Nabero. Et tu ne seras pas seul. Je suis là et je ne compte pas te lâcher, grogna Alberto en se calmant.

Il fit s’asseoir Sid. Pour atténuer la tension qui s’était accumulée avec son agacement, Alberto changea de sujet, il dit :

– Cette pièce est éclairée par un procédé merveilleux inventé par Lino. C’est un gaz de son invention. Dès que les molécules entrent en résonance avec les ondes de la voix, elles se mettent à vibrer et l’énergie qu’elles dégagent provoque l’illumination de la pièce. Ce gaz est inoffensif et sa seule utilité est d’illuminer la bibliothèque. Je ne voulais pas que l’on prenne le risque de mettre le feu à la collection avec des bougies ou des torches. Si Lino n’avait pas trouvé ce gaz, j’aurais dû trouver une autre solution.

Sid, commençant à se défaire de sa crise d’angoisse, soupira :

– Il était au courant de tout ce que tu as dit tout à l’heure ?

– Qui ? Lino ? D’une grande partie de ce que j’ai dit en tout cas. Il était plus intelligent que moi, ça ne m’étonnerait pas qu’il ait même percé le mystère de l’identité de sa mère sans me demander le moindre indice. Je pense qu’il se doutait de beaucoup de vérité à mon sujet, mais il a toujours eu l’égard de ne pas m’importuner avec une curiosité trop mal placée. Fais-en de même. Le secret, le double-jeu… Si trop de personnes sont au courant de tes plans, tu prends le risque qu’une de ces personnes parle, par trahison, sous la menace ou par mégarde. C’est pour ça que je me suis toujours confié à Zjök et à personne d’autre quand il s’agissait de la communauté nocturne.

“Je me suis allié à Nabero à contrecœur. Personne ne le déteste plus que moi.”

 

Sid demanda :

– Pourquoi y a-t-il autant de sièges à cette table ? Je pensais que vous n’étiez que trois à connaître cette pièce.

Alberto dit :

– C’est un caprice de ma part, j’ai toujours été difficile. Et je voulais avoir le choix du siège où je posais mon délicat fessier. Vingt sièges, vingt chances de trouver le bon.

La réponse d’Alberto sentait le mensonge à plein nez. Sid commençait à comprendre que chaque pitrerie du vampire cachait une réponse qu’il voulait garder secrète. Après ce qu’Alberto avait dit à son sujet, Sidney en avait assez. Il croisa les bras et grogna :

– Cesse de jouer les idiots, je commence à comprendre pourquoi tu agaces tant les gens autour de toi. Alors que tu veuilles faire de moi une arme contre Nabero, ça m’énerve, mais vu que je suis Ange Noir et que je compte progresser, je risque de me retrouver face à lui un jour. Que tu veuilles garder secrètes les raisons pour lesquelles tu le hais tant, ça te regarde. Depuis que je t’ai rencontré, je te fais une confiance naïve et aveugle, alors que l’on m’a mis en garde contre toi, et je voudrais bien que cela marche dans les deux sens. Alors si tu ne veux pas me dire pourquoi il y a vingt sièges autour de cette table soit, mais dis-moi quelque chose qui me prouve que tu me fais confiance.

Le vampire fusilla Sid du regard. Il paraissait moins effrayant que quand il était vêtu de ses vêtements de chef de clan, mais malgré le short et la chemise hawaïenne, il dégageait quelque chose de dangereux. Il s’assit à son tour à la table et contrairement à ce qu’il avait dit, il ne semblait pas porter tant d’importance au choix de sa place. Alberto commença à taper sur la table, agacé. Ses yeux avaient soudainement des reflets rouge sang. Il déclara :

– Si tu considères que te montrer le Fort n’est pas suffisant, je ne vois pas ce qu’il te faut…

– Tu ne me l’as pas montré en gage de confiance, tu l’as montré par devoir, parce que je suis chef du Conseil des Six et parce que tu veux que j’aie les moyens de vaincre Nabero.

Alberto se pinça la lèvre. Il grogna :

– Je ne peux pas te parler du nombre de chaises autour de cette table sans te dire des choses sur moi que je tiens à garder secrètes pour éviter que mon but ne s’ébruite. Je t’ai parlé de mon rôle d’agent double ce que seuls Zjök, Erra, Vilius et Lino connaissaient.

Sid avait besoin de savoir qu’Alberto lui faisait confiance en retour, tout comme lui avait considéré le vampire comme digne de la sienne dès leur rencontre.

– Si tu veux que je te fasse confiance et que j’accepte que tu m’envoies affronter je ne sais quel monstre, il faut que je sois sûr que tu ne doutes pas de moi. Alors tu vas répondre à une seule question, après tu pourras te contenter de me dire que je ne suis pas prêt à entendre la vérité et je n’insisterai pas. Je considérerai que notre confiance est mutuelle, ce qui est indispensable pour notre collaboration.

Alberto soupira:

– Pose ta question… Je verrai si j’y réponds ou pas.

– Pourquoi as-tu quitté la Vallée ? À t’entendre, je ne peux pas concevoir que tu aies fait preuve de lâcheté, il y a quelque chose de plus profond.

Le vampire semblait rassuré par la question :

– Je n’ai pas quitté la Vallée par lâcheté, tu as tout à fait raison, Sidney. Et puisque tu as besoin que je te dise quelque chose que tout le monde ignore, je vais te dire très précisément ce qu’il s’est passé : je me suis fait bannir par le chef du Conseil des Six quelques heures avant Giacco. Je ne nourris aucune rancœur envers Lino pour ce geste, car je comprends la colère qui le rongeait.

Alberto indiqua un des fauteuils de la bibliothèque et dit :

– C’est là-bas que tout a commencé, quand j’ai appris à Lino qu’il allait me succéder officiellement à la tête du Conseil. Il était abattu et en colère après le meurtre de Pjefä. Je lui ai dit que ce que Giacco avait fait était intolérable et que je ne m’opposerais pas à son bannissement. J’ai aussi dit à ton ancêtre que, dès sa naissance, j’avais prévu de retirer son droit d’aînesse à Giacco, que j’ai toujours considéré comme trop vil, trop belliqueux et suffisant. Je lui ai parlé du désamour et de la honte que m’inspirait mon fils aîné. Lino m’a répondu par une question : pourquoi n’avais-je pas banni ou tué Giacco plus tôt ? Je lui ai répondu qu’avoir un lieutenant aussi écœurant et monstrueux que Giacco m’avait permis d’endormir la confiance de Nabero. Si j’étais du côté des gentils, jamais je n’aurais osé prendre un être aussi vil et mesquin pour me seconder. Je lui ai parlé par la même occasion de ma haine envers Nabero. Je lui ai aussi rappelé que Giacco était également mon fils et que j’ai toujours gardé espoir qu’un jour il se mette à réfléchir. Mais Lino est entré dans une colère noire. Il m’a accusé d’avoir fait passé mon intérêt personnel et mon objectif de faire tomber Nabero avant le bien de notre peuple. Il m’a tenu pour responsable de la mort de sa bien-aimée et il m’a expulsé du Fort. Honteux, car comprenant la colère de mon fils, j’ai décidé de quitter la Vallée et de partir découvrir le monde en espérant qu’avec le temps la rancœur s’efface. Lino n’a jamais rendu officielle mon expulsion. Il a raconté à ses frères que j’avais disparu et c’est cette version de l’histoire qui est devenue publique. Erra est partie avec moi, mais loin de sa Vallée, elle n’était pas heureuse et elle est tombée malade quand nous vivions à Tortuga, aux Caraïbes. Elle est morte quelques années plus tard, son sang de fée lui permettant de survivre et de lutter contre la fièvre durant des mois et des mois. D’une certaine façon, Erra est morte à cause de Lino qui m’a envoyé loin du Val Nessona. Depuis la mort de ma compagne, je considère que je suis en droit de revenir dans la Vallée, en me disant que Lino et moi sommes quittes… Mais j’ai préféré continuer à voyager pour avoir des histoires à raconter à mon retour, pour voir les mêmes lieux que Lino lors de ses missions pour moi et avoir des sujets de discussion afin de rétablir un contact père-fils.

Alberto se mordit la lèvre :

– Je ne ferai pas la même erreur deux fois. Cette fois, Giacco doit mourir, j’ai perdu mes deux autres fils à cause de lui, ma future belle-fille, même si c’était une elfe, ma compagne et mon peuple. Sidney, je ne fais pas ça juste pour éliminer Nabero, ou pour la gloire. Je le fais pour pouvoir être fier de mes fils et pour qu’ils puissent être fiers de moi. Je ne suis pas qu’un chef, je ne suis pas qu’un soldat, je suis un père qui a tout perdu parce qu’il n’a pas su s’occuper de ses fils. J’espère que la réponse te convient, car je n’en dirai pas plus.

Sid hocha la tête. Alberto changea de sujet et reprit le ton joyeux qui lui était connu :

– La carte de la table est la plus complète de la Vallée à ce jour, elle contient également des informations sur les Monts Sans Noms, d’un dixième de ces mystérieuses montagnes pour être précis et si tu regardes bien, elle indique où se trouve le Havre des Dragons. C’est moi qui ai fait un voyage de deux mois dans les Monts Sans Noms pour collecter ces informations.

– C’est une carte magique, demanda Sid, du genre à indiquer ce que tu veux ou à situer les gens dans la Vallée ?

Alberto ricana :

– Non, ce genre de cartes n’existe que dans les films ou dans les livres. D’ailleurs, je ne les ai pas beaucoup aimés ces bouquins, trop de sorcières. En parlant de cartes, il faut que l’on discute de la bataille des catacombes livrée par Lino et Sangue et des causes du massacre qui y a eu lieu. Parce que, vois-tu, je pense que Giacco ne va pas sortir des catacombes, sauf s’il est sûr d’avoir le dessus sur toi. Mais voilà, les catacombes font partie d’un ensemble de couloirs et de dédales appelé le Labyrinthe par le Peuple de la Nuit. Le Fort fait partie de ce Labyrinthe, mais les artères qui y sont liées sont verrouillées par magie. Le Labyrinthe s’étend sous la quasi-totalité de la Vallée et comprend le Fort, les catacombes, le caveau d’Oscuro le Maudit, les égouts de Treghia et les mines de Fjörstad, la capitale des elfes.

Sid soupira :

– Je ne vois pas le rapport avec Lino.

– Le rapport, c’est que l’on ne peut pas entrer à cinq cents dans les catacombes et donner comme ordre de les traverser en direction de leur entrée sud en tuant tout sur son passage, comme l’ont fait mes fils. Giacco connaissait bien les catacombes, pas eux. La bataille a tourné au massacre parce que c’était du n’importe quoi et, selon Vilius, une des batailles les plus mal préparées de l’histoire de la Vallée. Donc d’ici à ce que tu sois prêt à affronter Giacco, il nous faudra une carte des catacombes, voire du Labyrinthe tout entier. Il nous faudra aussi des alliés. J’ai profité de mon temps libre pour espionner Giacco, il a encore deux cents vampires sous ses ordres dans les catacombes, plus une bonne cinquantaine dans diverses planques éparpillées dans la Vallée. Et bien que je pense faire de toi un vampire et Ange Noir émérite en une ou deux semaines et que je sois un des… non, le plus grand combattant de l’histoire du Val Nessona, je ne crois pas qu’à deux, nous fassions le poids face à des centaines de vampires hostiles. Par conséquent, j’ai établi une liste de personne à contacter ou à intégrer à notre petite équipe de héros…

– Mais j’ai déjà des alliés : Frasca, l’Ancien, Zjök…

Alberto grogna :

– Frasca fait partie de ma liste, bien qu’elle soit une des dernières personnes à y figurer. Ton Ancien, bien qu’éduqué par Vilius, et étonnamment vivant pour un mortel de son âge, reste un mortel et Zjök… Oui, Zjök est dans ma liste..

Sid nota :

– Tu as l’air d’être assez proche de l’elfe loufoque.

“Je le fais pour pouvoir être fier de mes fils et pour qu’ils puissent être fiers de moi. Je ne suis pas qu’un chef, je ne suis pas qu’un soldat, je suis un père qui a tout perdu parce qu’il n’a pas su s’occuper de ses fils.”

 

Le vampire sourit :

– Oui, c’est ce qui se rapproche le plus d’un meilleur ami pour moi, peut-être parce qu’il est le seul à être presque aussi vieux que moi. Peut-être parce qu’il est maboule et que moi aussi, en tout cas il me comprend et il comprend mes plans, aussi cons soient-ils. Enfin bref, donc Zjök sera à mettre dans la confidence, même s’il voudra nous mettre sa jeune élève dans les pattes, mais en soi, j’aime bien la petite dragonne aux jolies fesses. Elle aurait été une très bonne Protettrice, si le rôle n’était pas tenu par le meilleur Ange Noir de l’histoire. De plus, avoir un dragon dans notre camp, même un semi-dragon, ce ne peut être qu’un avantage. Logiquement, il nous faudra aller trouver les loyalistes de Lino, tu as besoin d’un Conseil des Six et si tu vaincs Giacco, je te déconseille fortement de prendre ses lieutenants à tes côtés, ce sont tous des trous du cul sans nom, certains ayant encore moins d’honneur que mon fils, à l’exception de Wanda qui est l’agent double des loyalistes. Ce serait une bonne chose d’avoir le soutien des fées, mais j’ignore où elles se terrent. Dans le cas où les loyalistes sont trop peu nombreux et les fées introuvables, les elfes pourraient nous prêter main forte pour faire le nombre. J’ai discuté avec Vilius des causes de l’échec des loyalistes et elles sont assez accablantes : manque d’expérience, le refus permanent de Lino de s’allier aux sorcières. Bien que je n’aime pas cette bande de mégères, leur nombre et leur expérience du combat auraient pu faire pencher la balance, d’autant qu’elles avaient proposé leur soutien, Luciana, leur reine, préférant voir Lino, relativement pacifiste, à la tête du Conseil plutôt que Giacco qui menaçait ouvertement Treghia. Les loyalistes étaient aussi relativement désorganisés après le départ de Lino. Et finalement, la plus grave erreur de Lino : il était trop confiant. Il a largement sous-estimé la taille et la complexité du dédale des catacombes. Il a supposé que sa pitié inciterait Giacco à quitter la Vallée et il a légué le commandement des loyalistes à Vilius qui est tout sauf un meneur d’hommes. Même si je considère Lino comme une des personnes les plus compétentes, intelligentes et fortes de l’histoire de la Vallée, il a commis des erreurs et plus l’on a de capacités et de responsabilités, plus nos erreurs ont des conséquences désastreuses.

Sid écoutait attentivement Alberto. Il ajoutait même une erreur à la liste de son ancêtre : avoir banni Alberto. Comment pouvait-on se passer d’un tel conseiller ? Bien que d’une honnêteté des plus relatives, l’ancien chef du Conseil des Six était d’une lucidité et d’une intelligence indéniables.

Ils quittèrent la bibliothèque, Sid voulant se rendre à la Croce Nera avant la tombée de la nuit. Mais quand ils arrivèrent dans la masure servant de couverture au Fort, Alberto plaqua immédiatement Sid à terre. Jester regarda par la fenêtre et vit ce qui avait amené son ancêtre à le pousser sur le plancher poussiéreux : une vingtaine de vampires encerclaient le Fort, armes au poing.

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